Lucas Ramond – Nuage

Résolument tourné vers les pratiques contemporaines pluridisciplinaires, l’association « le local » invite pour la troisième occurence de son programme, le designer Lucas Ramond à développer un projet, qu’il qualifie de « trajet », dont le départ a eu lieu en 2018 sous le titre évocateur « J’ai toujours rêvé d’avoir un groupe ».  Cette année, le local propose à Lucas Ramond de poursuivre ce travail en produisant le vinyle : « nuage ». 

En soutenant l’artiste, les musiciens et le local dans ce fantastique projet collectif que nous vous racontons plus bas, vous permettrez à une pratique multiple et mouvante de se déployer entre les scènes de l’art, de la musique et du design, d’y créer peut-être, le temps de l’écoute d’un vinyle, un interstice sensible en dehors de tout circuit et pourtant les traversant tous. 

Pour soutenir l’artiste, les musiciens et le local dans ce fantastique projet collectif, vous pouvez pré-acheter le vinyle (33 euros), et / ou faire un don qui sera intégralement utilisé pour le pressage du vinyle et la rémunération des artistes (infos : contact@lelocal.net).

Le titre initial de ce projet « J’ai toujours rêvé d’avoir un groupe », racontait déjà le rapport fantasmagorique que l’on entretient tou·te·s avec la notion d’appartenance à une entité qui dépasse l’individu. Qu’il s’agisse d’un groupe de pensée, d’un groupe de travail, d’un groupe d’ami·e·s ou d’un groupe de musique, l’intelligence collective y règne. Elle permet, tout en cultivant l’altérité, de regarder ensemble dans la même direction, d’emprunter le même trajet, de poursuivre le même but.

Lucas Ramond met donc en place les conditions d’une création collective en réunissant et en appartenant à un groupe de musique. Avec pragmatisme, il identifie ce qui en fait l’essence : des instruments, des musiciens, des répétitions, des concerts et des enregistrements. Cette rigueur factuelle laisse pourtant dans chaque interstice et avec beaucoup de poésie, se glisser le hasard des rencontres. Au début du parcours, les musiciens ne se connaissent pas, ils se rencontrent devant une table sur laquelle matériaux et objets de seconde main, glanés ça et là, sont disposés, en attente d’activation. Les matières elles aussi se rencontrent : elles sont assemblées, attachées, soudées, pour devenir des instruments hybrides. C’est en improvisant ensemble avec cette matière sonore première que les musiciens échangent : la musique est un langage. Le dialogue s’étoffe progressivement, se déploie dans différentes directions, prend successivement différentes trajectoires, et si chacun a quelque chose à dire, il est aussi indispensable dans une société où la prise de parole individuelle est omniprésente, de s’écouter, de s’écouter vraiment, pour trouver un équilibre aux prémices de cette nouvelle forme de communication. 

Les répétitions donnent lieu à une invitation de Césaré, Centre national de création musicale, pour une première performance en 2018, dans le cadre de La Magnifique Avant-Garde (Reims), où performent Thomas Schmahl, Léo Scherr, Hugo Caburet et Amine Mechiche.

Aujourd’hui, Lucas Ramond imagine les conditions d’une nouvelle rencontre ; celle des sons produits par ces nouveaux instruments – rappelant à la fois la musique des premières heures de l’humanité tout comme la musique expérimentale la plus contemporaine – avec les harmonies des instruments classiques et les mélodies que les outils numériques permettent de multiplier, d’amplifier, de superposer ou de transformer. Il s’agira cette fois d’une rencontre entre les musiciens Hugo Caburet, Thomas Schmahl, Léo Scherr et lui même.

A la manière d’un cadavre exquis, les musiciens vont développer un tout nouveau dialogue. Après quelques répétitions mais toujours en improvisant, à la fois seuls et collectivement, tour à tour et pourtant en même temps, ils vont ainsi faire l’expérience d’enregistrer de la musique « en train de se faire ». Construit progressivement, chaque morceau sera un mixage de plusieurs pistes en questions / réponses, où chaque enregistrement successif se fera à l’intuition, au regard des impressions stimulées par l’écoute.  

 » Maintenu en suspension dans l’atmosphère, le nuage est imprévisible. Sa forme dépend d’une multitude de facteurs assemblés. Il cache toujours quelque chose et devient un accès vers l’ailleurs. Une étape entre l’avant et l’après. Faisant écho au cloud, le nuage intervient comme une plateforme d’échange. Vaporeux et vagabond, il apparaît comme le lieu commun du rêve et de l’évasion tout en restant visible, à la limite du réel « . 

Ces morceaux, dont on ne peut ici encore que rêver le rendu (n’est-ce pas ce qu’il y a de plus excitant?), seront pressés sur un vinyle. Pour réaliser l’objet, Lucas Ramond décide de travailler à quatre mains avec la vidéaste Noémie Ruben, créant ici encore les conditions d’une nouvelle rencontre. Cette nouvelle étape du trajet, à la frontière entre la musique, le design d’objet et les arts visuels, sera célébrée par une grande fête de lancement au Shed, à Reims en fin d’année. 

Le Shed – Reims